Il y a assurément quelques conseils que j’aimerais avoir reçus avant de fonder une famille. Non pas des conseils techniques sur comment mettre une couche, nettoyer un nombril ou stériliser un biberon, mais des conseils d’auto-défense pour les parents poches dont je fais partie. Parce qu’aujourd’hui, mon fils de 5 ans ne m’aime plus et ma fille de 3 ans veut changer de famille, et j’avoue que je peux les comprendre!

Alors à tous ceux qui ont de jeunes enfants qui ne parlent pas encore, voici des conseils pour survivre à toutes ces phrases assassines que vos enfants vous balanceront aux visages, inconscients qu’ils vous tordent le cœur à chaque fois. Pour les parents dont les enfants sont plus âgés, cela vous rappellera probablement quelques désagréables souvenirs et pour les autres, à vous de faire votre opinion à savoir si je suis un père poche!

Le changement de famille ou de maison.

Ce matin, ma plus petite voulait mâcher de la gomme. Il était 8h. Évidemment, ma conjointe lui dit non, mais la petite demoiselle continue d’argumenter jusqu’à ce que le NON  devienne un peu plus ferme. Contrariée elle nous regarde et tout de go, elle nous dit : « Ben moi je vais changer de famille. » Je vous rappelle qu’elle a 3 ans et demi. Je lui ai donc dit de quitter la maison et lui ai souhaité bonne chance pour le reste de sa vie. Elle m’a regardé un peu surprise et finalement est retournée jouer avec ses poupées.

La première fois que mon plus vieux m’a dit qu’il comptait partir de la maison, sensiblement au même âge, j’étais tellement surpris et en colère que j’ai figé. C’était une attaque sournoise et sous la ceinture. C’étais dur et un affront à ma paternité! J’étais VRAIMENT déboussolé. Moi qui l’aime de tout mon cœur, qui fait tout pour le rendre heureux et répondre à ses besoins, parce que je lui dis non, il veut s’en aller!  Qu’est-ce que j’ai manqué dans son éducation? Qu’est-ce que je n’ai pas fait d’adéquat?

4 enfants plus tard, j’ai fini par comprendre que ces petits démons sont les meilleurs manipulateurs de la société. Avec un don pour trouver la faiblesse, ils savent percer la plus solide des carapaces. Mais avec l’expérience, j’ai fini par comprendre qu’ils ne partent pas…

Papa, t’es vraiment POCHE.

Si à toutes les fois que j’ai été poche j’avais reçu 1$, je serais déjà à la retraite. N’oubliez pas que mon plus vieux n’a que 9 ans!

-Papa, je peux jouer à la XBOX? Non, pas de jeux vidéo, allez jouer dehors. Papa t’es poche.

-Papa, je peux manger un muffin avant souper? Non on soupe dans 15 minutes. Oh papa, t’es poche.

-Papa, je peux mettre mon manteau pas de manche pour aller à l’école? Non, il fait 4 degré ! Papa, c’est poche.

Le terme poche s’utilise dans plusieurs contextes, avec plusieurs intonations et plusieurs vitesses. Il y a le « t’es poche », il y a le «  T’ES POCHE », il y a le « t’es pooooooche ». Mais il y a souvent aussi la réflexion qu’ils vont faire dans le coin qui suit le « t’es poche », ce qui me rend encore plus poche!

Ne vous en faite pas, même un œuf poché sera moins poche que vous.

Les déplacements au ralenti.

Vous connaissez la marche du condamné? C’est celle où l’enfant, suite à une déception, penche  la tête la plus basse possible et retourne dans sa chambre très lentement, en faisant des soupirs à s’en fendre l’âme. Il existe plusieurs variantes à ce type de déplacements. Les déplacements sur le ventre en rampant, lorsque vient le temps de se brosser les dents avant l’heure du dodo sont un exemple. Il y a la glissade sur le dos quand vient le temps d’aller ramasser les jouets. Cette méthode consiste à se glisser sur le dos en poussant avec ses pieds pour se rendre au lieu demandé. J’ai vu la descente des escaliers sur le ventre au ralenti, j’ai même vu la marche à reculons en se traînant les pieds.

Le comble est l’immobilisme. Ce moment où l’enfant se laisse tomber au sol, mou, flasque, sans tonus et décide de ne plus bouger pour nous signifier son mécontentement. On pourrait appeler cela la grève du mouvement.

Tous ces déplacements sont habituellement utilisés en situation de conflits. Attention, vous serez surpris de l’imagination de vos chers enfants.

Le supplice de la répétition.

Lorsque j’étais plus jeune, je me rappelle un épisode de l’émission Les Simpson pendant lequel Bart et Lisa sont dans la voiture avec Homer et veulent aller au parc d’attraction. Ils répètent la demande si souvent dans le même 5 minutes que Homer finit par accepter avant de devenir fou. Dire que je trouvais cela drôle…

Il faudrait donner un prix à nos enfants tellement ils sont tenaces. Habituellement, la ténacité est considérée comme une qualité. Dans ce cas précis, j’hésite. Vous trouvez ça drôle? Croyez-vous que vous saurez résister? Vous êtes plus forts qu’une meute d’enfants désirant manger du chocolat de pâques à 10h le matin? On verra.

Le NON!

C’est aussi une étape qui vous confrontera à vos limites de tolérance. C’est ce moment, tellement intense, où vous demandez à votre enfant de ramasser sa chambre, qu’il vous répond le plus calmement du monde, en vous regardant dans les yeux : NON. Vous prenez 2 secondes pour réaliser ce qui vient d’arriver. Vous répétez la question et la réponse est la même : NON.

Oh. Ce moment est critique pour la vie de votre enfant. Attention, je n’ai pas dit dans la vie de votre enfant. J’ai bien dit POUR la vie de votre enfant. Il n’a jamais encore mesuré l’ampleur d’un simple mot. NON.

En tant que père calme, patient et compréhensif, je prends le temps de respirer, d’analyser la raison de son comportement, de m’asseoir à ses côtés pour lui expliquer les tenants et aboutissants d’une telle réponse et l’importance de ranger sa chambre.

Ensuite, je me réveille de ce bref moment où mon cerveau est allé voyager sur la planète des licornes et souvent, d’un simple regard je lui conseille de ne pas me répondre NON une 3ème fois. La plupart du temps, cela suffit. Lorsque ce n’est pas le cas, j’engage doucement son déplacement vers sa chambre en lui procurant le plaisir de diminuer la gravité de son corps sur le sol et l’encourage à amorcer l’action avant que la conséquence ne soit plus désagréable. Habituellement par la suite, je n’ai que 2 NON consécutifs.

Papa, je ne t’aime plus!!!

De toutes les manipulations et les tests que les enfants font, celui-ci est pour moi le plus exigeant. Je ne crois pas que même de façon rationnelle, un parent puisse rester insensible à cette phrase. Même si elle est dite par un garçon de 5 ans en colère parce que vous lui avez refusé de sortir son vélo au début d’avril. Je sais qu’ils le regrettent et même souvent par la suite, sans que nous le demandions ils viennent s’excuser et parfois  en pleurant car ils ont compris l’énormité de ce qu’ils viennent de dire.  Cependant, ça fait mal. Préparez-vous.

Finalement, ça fera partie de votre travail de parents.

Il y a de fortes chances pour que vous viviez ces situations. Parfois, ces techniques seront utilisées de façon séparées, parfois ce sera un heureux mélange qui vous en fera perdre vos cheveux. Juste entre le moment où j’ai commencé à écrire ce texte ce matin et le moment de le terminer, j’ai au moins survécus à 2 ou 3 de ces techniques de chantage.

Je savais qu’être un parent serait une aventure de tous les jours. Mais je n’aurais jamais cru être confronté aussi souvent à ma patience, ma tolérance et à l’amour que j’ai pour mes enfants.

Alors n’hésitez pas à avoir des enfants. Mais soyez assurés que parfois, vous allez en baver! Le pire dans toute cette aventure c’est qu’avec un peu de recul, lorsque vous les regardez dormir, vous les trouverez magnifiques.

 

Photo de Annie Spratt sur Unsplash

 

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